Autor: Éric Vauthey, directeur de la Salle des marchés, BCV

Parmi les risques financiers qui préoccupent les chefs d’entreprises, il y a bien sûr les taux de change. Les  fluctuations récentes de la paire euro-franc sont l’énième preuve, s’il en fallait encore, qu’il faut encore compter  avec un franc fort. Mais, il y a aussi – et on aurait tendance à l’oublier actuellement tant ils sont bas – les  risques liés aux taux d’intérêt.

Soutien des banques centrales

En cette fin d’année, la situation économique demande une certaine prudence. Le cycle économique débuté au lendemain de la crise de 2008 vit sa phase de maturité. Et si nombre d’indicateurs soulignent que la croissance devrait se poursuivre, elle restera modeste. Récemment, le FMI a évoqué une progression de 3% de l’économie mondiale en 2019, soit le rythme le plus faible de ce cycle. Le soutien à l’activité provient notamment des  banques centrales qui ont à nouveau opté pour des politiques accommodantes. Les taux devraient ainsi rester bas, voire négatifs, en 2020.

Ces incertitudes macroéconomiques constituent autant de facteurs de risques pour une PME. Et pas  seulement si ses clients se trouvent majoritairement en zone euro, si elle dépend de matières premières payées en dollar ou si elle voit arriver plusieurs échéances de crédit rapprochées. Elle ne peut non plus  résoudre la question en tablant sur le fait que la BNS sera toujours là. Le souvenir du 15 janvier 2015 et de la fin du taux plancher entre l’euro et le franc doit d’ailleurs être encore suffisamment présent.

Au contraire des risques liés au déroulement des affaires, les risques financiers, comme le sont ceux liés aux  taux de change et aux taux d’intérêt, peuvent être anticipés. Il est bien sûr impossible de prévoir quand les banques centrales relèveront leurs taux ni si le franc retouchera la parité avec l’euro. Mais, il est possible de se préparer à affronter ces mouvements afin d’en atténuer les effets sur la rentabilité de l’entreprise.

Gérer les risques: cela se prépare

Que signifie alors anticiper? Il s’agit d’identifier les conséquences de tout mouvement sur les liquidités, sur les  cash flows en monnaies étrangères, sur la gestion des stocks, sur les besoins en financement ou sur les  différents postes du bilan. En d’autres termes: identifier les risques. Ensuite, il s’agit d’évaluer les différentes  réponses. Quel type de couverture convient le mieux? Quel est son coût? Existe-t-il des alternatives?

L’étape suivante revient à préparer «structurellement» son entreprise, quelle que soit sa grandeur.  Concrètement, il est nécessaire de définir un mode de fonctionnement à appliquer avant qu’une situation de tension se présente. Cette répartition des tâches, des responsabilités et autres processus doivent par ailleurs être validés par les différents échelons de l’organisation. La gestion du risque se prépare et se construit dans la durée et permet de faciliter la prise de décision le moment venu.

Ne rien faire, c’est spéculer

Au-delà de ces principes de base, chaque PME construit sa propre stratégie en fonction de ses propres contingences, de ses propres convictions. Mais alors que la tâche se complexifie, des outils de simulation facilitent aujourd’hui la tâche des décideurs. Des décideurs qui doivent garder à l’esprit que ne rien faire, c’est spéculer.